Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 22:14

Ce blog démarre comme article de magazine : Quelle sera la prochaine révolution gay ?
En fait, je n'ai pas de réponse mais, secrètement, cette révolution, je la rêve philosophique et spirituelle.
Je pense en effet que si nous devons affirmer notre différence, c’est dans notre manière de voir le monde qui ne se limite pas au sexe et à la mode.

Voilà pourquoi je me risque à parler d'une « homospiritualité  » à venir.
« Homo », car elle concerne et s'adresse à mes semblables (ou tous ceux et celles qui voudront se reconnaître) et « spirituelle », pour nous libérer de l'immédiateté de notre univers de consommation.

En son temps, Guy Hocquenghem avait déjà fourni bien des éléments de réflexions à ce sujet (voir Le désir homosexuel). Plus récemment, Judit Butler et les penseurs de la Queer Theory nous ont aussi apporté des contributions importantes. Mais, selon moi, ces positions, très légitimes au plan social et politique, sont malgré tout limitées. Elles me paraissent trop combatives et « réactives » (au sens où l’entend Nietzsche, c'est-à-dire, sous le coup du ressentiment), elles sont historiquement encore trop en opposition et pas assez dans l'affirmation. Autrement dit, une libération sociale n'entraîne pas pour autant une libération individuelle...

C'est un peu sur ces questions (et leurs solutions possibles) que je souhaite développer ce blog. Je n'ai pas une grande pratique de l'écriture aussi je prie d'avance mes lecteurs d'excuser mon style parfois lourd et compliqué. J'espère qu'il s'allégera avec le temps...

Pourquoi me présenter comme un « fils de Socrate » ?
Parce que je pense que la figure de Socrate, si importante pour les philosophes, peut l’être aussi pour nous.
Socrate aimait les garçons et ne disait ne rien faire sans être inspiré par Eros. C’est cette qualité d’éros joyeux, d’éros « grec » que j’aimerais retrouver, un éros qui ne soit pas seulement désir et fascination du sexe mais aussi un amour de la vie, de la nature, de l’esprit.
Vous me direz : tu parles de joie mais les visages que tu montres sont bien sérieux et mélancoliques ! Je l'admets mais comme dans la chanson de Barbara, j'ai envie de vous répondre : « attendez que ma joie revienne »...

J'ose espérer que dans cette filiation imaginaire, je ne me découvrirai pas fils unique.
Merci pour votre lecture et à bientôt !

Theodoros






Par Theodoros - Publié dans : IDÉES ET RÉFLEXIONS
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /Sep /2009 14:19

Andreï Roublev, A. Tarkovski. 1969 . © ruscico

  
Tout récemment le cinéma Arlequin a proposé un cycle Tarkovski et j’ai eu l’occasion de voir enfin sur grand écran Andreï Roublev. La copie était un peu pourrie (la projection s’est interrompue trois fois) mais, en dépit des aléas techniques, je suis resté complètement envoûté par la force et le souffle de cette œuvre.

Tarkovski (1932-1986) est un cinéaste difficile, créateur d’un univers très personnel, très onirique. Je n’ai pas vu tous ses films (il me manque les films de jeunesse et Solaris) mais de ceux que j’ai vu Andreï me semble le plus inspiré et peut-être aussi le plus accessible. On y retrouve tout ce qui fait le style Tarkovski : une temporalité très ample (le film dure 3 h), un regard émerveillé mais inquiet sur la nature (la manière de rendre en particulier l’élément aquatique – rivières, étangs, pluie ou neige – est inouïe), un climat social très oppressant et puis, la beauté et la force des visages. Beauté du regard d’Anatoli Solonitsyne, l’acteur préféré de Tarkovsky, mais aussi bien de l’ensemble des protagonistes qui acquièrent ici la majesté des icônes et l’intensité des personnages de Dostoïevski.

  L’action du film se passe au début XVe siècle en Russie et relate le parcours du moine A. Roublev, peintre d’icônes. Roublev est un personnage historique dont les icônes comptent aujourd’hui parmi les plus belles léguées par le Moyen Age. Mais il est aussi dans ce film un double de Tarkovski et une sorte d’allégorie de l’artiste, investi d’une mission essentielle : tenter par l’exercice de son art de rendre ce monde meilleur et plus beau. 

Malheureusement la barbarie est la plus forte : Roublev assiste au massacre d’une ville suite à l’invasion des Tatars (encouragée par la fourberie d’un prince russe) et en ressort définitivement horrifié et traumatisé. Il fait alors vœu de silence. Au propre et au figuré puisque dans son mutisme, il cesse aussi de peindre. Un des moines lui fait remarquer que c’est un véritable gâchis, un « péché contre le Créateur », qui lui a accordé un tel talent . Mais rien n’y fait. Il n’y a plus d’avenir, donc plus de présent non plus.

C’est dans le dernier épisode du film, intitulé « La Cloche » que se produit alors le revirement du héros. Mais, avant d’en parler, je souhaiterais revenir sur quelques passages qui m’ont particulièrement touché.

 


Les adieux d’Andreï à Danila

Vers la trentième minute du film, dans le chapitre intitulé « Théophane le Grec », se glisse une petite scène de 3 mn sublime d’amour et d'humanité : Andreï, après avoir été appelé à Moscou pour seconder le grand peintre de l’époque, Théophane le Grec, vient faire ses adieux à son compagnon de cellule, Danila. La situation entre eux est tendue, Andreï aurait souhaité que Danila l’accompagne mais ce dernier a refusé, sans doute un peu vexé de ne pas avoir été invité directement par le maître-peintre. Andreï lui demande alors de le confesser et lui fait une bouleversante déclaration d’amour. Les mots sont simples mais sonnent très juste (et quelle résonance leur donnent la langue russe !) : « A part toi, je n’ai personne…, confesse Andreï, je vois le monde avec tes yeux, je l’écoute avec tes oreilles, avec ton cœur… ». Danila est alors ému aux larmes et lui demande pardon. La scène se termine par un baiser : celui qu’Andreï dépose sur la main de son ami.

 
La fête

C’est sans doute un des moments les plus magiques du film. Toutes les puissances de la nuit y sont évoquées.

L’épisode se situe vers la 48e minute du film. Andreï et ses compagnons remontent en barque le fleuve qui les conduit à Moscou, la nuit tombe et ils font halte au bord de l’eau pour dormir. Ils commencent à préparer le campement. Mais, depuis le début de la scène, une étrange musique, envoûtante, se fait entendre et devient tout à coup plus présente. À travers les arbustes, la flamme d’une torche resplendit, l’homme qui la porte avance d’un bon pas et on distingue la lumière de plusieurs autres torches, qui paraissent autant de feux follets. « Qu’est-ce que c’est ? », demande inquiet Thomas, un des jeunes apprentis d’Andreï. Ce dernier écarquille les yeux, comme enivré par la musique, il aperçoit alors tout un groupe de paysans en train de rejoindre rapidement, torches à la main, ce qui paraît annoncer un étrange sabbat. « De la sorcellerie » déclare Andreï. Mais au lieu de se détourner et de rejoindre ces compagnons, il est comme happé par cet appel de la forêt et des sens et suit à son tour le cortège. « Où vas-tu ? Où vas -tu ? », crie Thomas, mais Andreï n’écoute plus, il avance, captivé.

Ce qui tout d’abord paraissait annoncer une messe noire est en fait une sorte de rite païen et joyeux pour fêter la fin de l’hiver et le sacre du printemps : tous les paysans, hommes, femmes et adolescents, se baignent dans le fleuve, et s’ébattent dans une atmosphère qui ressemble plus à Woodstock (rappelons que le film date de 1969 !) ou au Jardin des délices (les supplices en moins).

Arrivé dans un sous-bois, Andreï aperçoit alors une femme blonde, complètement nue, belle comme une Eve médiévale, qui le regarde à distance. Le moine en a le souffle coupé et avance médusé, à tel point qu’il ne remarque pas qu’il traverse bientôt un feu de camp où sa bure manque de s’enflammer… Un peu plus loin, il la retrouve près d’une sorte de cabane. Là, à travers les planches mal ajustées, il l’observe accomplissant un rite étrange, sautant par trois fois d’une échelle au dessus d’une substance fumigène (comme pour augmenter ses pouvoirs sexuels ?).

Andreï est alors surpris et molesté par trois paysans qui tout d’abord le menace mais finissent, en se moquant, par l’attacher à un des piliers de la cabane comme en un crucifix. Andreï crie au sacrilège mais les autres s’en vont en riant rejoindre la fête et le laisse seul avec celle que je choisis d'appeller « Eve ». S’ensuit le dialogue suivant :

A. : — Sais-tu que c’est un péché de se promener nu ainsi et de faire ce que vous faites ?

E. : — Cette nuit, c’est quand tout le monde doit aimer. Aimer c’est un péché ?

A. : — L’amour, ce doit être un sentiment fraternel.

E. : — Quelle différence ? C’est de l’amour, tout pareil !

 Et, s’approchant de lui, elle l’embrasse longuement sur la bouche.

 Je ne vais pas décrire plus longtemps cet épisode car mon intention n’est pas de « novelliser » et défigurer l’œuvre de Tarkovski. Pour rassurer le lecteur, je dirai juste que suite à ce baiser, Andreï ne va pas se défroquer pour suivre Eve, vivre heureux (dans la Russie du XVe s., brrrr) et avoir beaucoup d’enfants. Il lui demandera de le détacher et regagnera ses compagnons à l’aube pour poursuivre le voyage.


La cloche

J’ai déjà indiqué plus haut à quel moment du film se situe cet épisode. Andreï a vieilli, il a fait vœu de silence et s’occupe à des tâches domestiques ou agricoles.

Cependant, les autorités de la ville détruite par l’invasion des Tatars souhaitent faire fabriquer une nouvelle cloche (l’ancienne ayant vraisemblablement été détruite dans l’assaut de la cathédrale). Des cavaliers sont dépêchés dans un village alentour où précisément se trouvent des artisans experts en fonderie (Tout ce que je dis là n’est pas montré dans le film, mais on le suppose à partir de ce qui suit).

Arrivés dans le village, les cavaliers demande à un jeune homme s’ils sont bien devant la maison de Nicolas le fondeur. L’adolescent répond que oui, que Nicolas est son père mais qu’il vient de mourir, comme la plupart des habitants du village, emportés par la peste.

Les cavaliers demande s’il connaît un autre fondeur, et le jeune homme rétorque que non, que tous les experts sont morts. Alors, apprenant que ces émissaires étaient venus chercher un maître d’œuvre pour fabriquer la cloche de la cathédrale, l’adolescent s’exclame : « prenez-moi car, sur son lit de mort, mon père m’a transmis le secret de l’alliage ! ». Les cavaliers face à ce gosse de 15 ans rigolent tout d’abord mais finissent par l’emmener pour ne pas rentrer bredouille et contrarier le Prince.

Tout l’épisode se développe ensuite autour du chantier de la cloche et montre comment Boris (c’est le prénom du gamin) affirme une énergie, une intuition et une autorité sans pareils, au prix d’une fatigue incroyable, pour mener à bien sa mission. Et la pression qui pèse sur ces frêles épaules n’est pas moindre, car en cas d’échec, on peut supposer qu’il sera condamné à mort (ça ne rigolait pas à l’époque…).

Là encore, je ne tenterai pas décrire les images et les plans de Tarkovski qui sont époustouflants. La scène, par exemple, où l’on coule le métal en fusion dans le moule est inoubliable. En revanche, je m’attarderai un peu sur la réaction de Andreï face à ces événements. On le trouve souvent dans les parages du chantier et il observe de loin le travail de Boris. À tel point que le jeune homme se sentant un jour épié lui lance : « Alors, tu me regardes… Tu as perdu ta langue, tu es sourd ? ». Mais Andreï, visiblement ému, ne répond pas. Il semblerait pourtant que Boris l’intrigue et qu’il incarne peu à peu à ses yeux la figure d’un artiste nouveau, un artiste qui redonne un sens à l’avenir et à la communauté (la cloche en construction n’est-elle pas un symbole de ralliement ?).

Et lorsqu’une fois l’ouvrage achevé et inauguré, Boris s’écroule de fatigue, craque nerveusement et, dans une crise de sanglots, avoue que son père, « cette vieille carne » ne lui avait en fait jamais révélé le secret de l’alliage, Andreï le recueille dans ses bras et, du coup, reprend la parole pour lui dire : « Nous allons continuer ensemble ; tu feras des cloches et moi des icônes… Regarde la fête que tu offres à nos gens, la joie que tu leur apportes… ».


Trois formes de l’amour
En rapprochant ces trois épisodes successifs du film, je me dis qu’ils décrivent en quelque sorte trois formes de l’amour : l’amour fraternel, très fort entre Andreï et Danila, l’amour charnel de l’épisode de la fête et enfin l’amour paternel et filial de la scène finale, entre Boris et Andreï.

J’aurai l’occasion d’y revenir plus tard. En attendant, je vous invite à voir ou revoir la scène de la fonte de la cloche...




  

 

Par Theodoros - Publié dans : NOTES DE LECTURE
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /Sep /2009 14:53

Il arrive encore souvent que j’entende dire que l’amour homosexuel serait un rejet ou une crainte de l’ « autre » au profit du « même », comme si la différence de sexe était à même de fonder notre rapport à l’altérité.


À mon avis, dans la mesure où l’on assume le terme grec « homos » pour désigner notre rapport affectif, il convient de faire une nette distinction entre le même et le semblable.
 

  Le même désigne en effet une notion qui depuis plusieurs décennies de débats philosophiques renvoie grosso modo au domaine du sujet ou de la Raison, de son empire sur le monde et autrui. L’autre est une notion plus complexe qui me semble d’une part renvoyer à quelque chose de foncièrement mystérieux et d’absolu (le Tout-Autre, « Dieu ») mais aussi à autrui et au domaine de l’éthique.
 

Cet autrui me paraît être justement le « semblable » (au sens où il est dit dans la Genèse que « Dieu a fait la créature à son image », instaurant ainsi une relation d’amour et de similarité entre deux êtres par nature complètement différents). Et c’est en sens qu’il me paraît nécessaire de poursuivre une réflexion sur le mot et l’idée d’ « homos ».

 

Par Theodoros - Publié dans : IDÉES ET RÉFLEXIONS
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /Sep /2009 14:57

Friedrich Nietzsche (1844-1900) est connu, entre autres, pour avoir déboulonné certains fondements de la morale et montré que celle-ci n’était que le langage figuré des passions (et, en l’occurrence, pas des plus belles !).
Dans un texte antérieur à sa Généalogie de la morale (1887), Le Gai savoir, il aborde la question de l’amour sur un ton typique de son style décapant et nous offre un beau sujet de réflexion sur le désir et ses dérives. Je vous laisse le (re)découvrir…

 

« Tout ce que l'on appelle amour. – Avidité et amour : quels sentiments différents nous saisissent à chacun de ces mots ! – et pourtant il se pourrait bien que cela fût le même instinct, dénommé deux fois ; d'une part, il est dénigré du point de vue de ceux qui possèdent déjà, chez qui l'instinct de possession s'est déjà un peu calmé et qui craignent maintenant pour leurs « biens » ; d'autre part il est glorifié du point de vue des insatisfaits et des avides (lui le trouvent bon. Notre amour du prochain – n'est-il pas un désir impérieux de nouvelle propriété ? Et n'en est-il pas de même de notre amour de la science, de la vérité, et, en général, de tout désir de nouveauté ? Nous nous fatiguons peu à peu de ce qui est vieux, de ce que nous possédons avec certitude, et nous nous mettons à étendre de nouveau les mains; même le plus beau paysage où nous vivons depuis trois mois n'est plus certain de notre amour, et c'est un rivage lointain qui excite notre avidité. L'objet de la possession s'amoindrit généralement par le fait qu'il est possédé. Le plaisir que nous prenons à nous-mêmes veut se maintenir en transformant en nous-mêmes quelque chose de toujours nouveau, – c'est là ce que l'on appelle posséder. Se lasser d'une possession, c'est se lasser de nous-mêmes. (On peut aussi souffrir d'une trop grande richesse, – le désir de rejeter, de distribuer peut aussi s'attribuer le nom d' « amour »). Lorsque nous voyons souffrir quelqu'un, nous saisissons volontiers l'occasion qui nous est offerte, pour nous emparer de lui ; c'est ce qui crée par exemple l'homme charitable et apitoyé ; lui aussi appelle « amour » le désir de possession nouvelle éveillé en lui, et il y prend son plaisir, comme devant une nouvelle conquête qui lui fait signe. Mais c'est l'amour des sexes qui se révèle de la façon la plus claire comme désir de propriété : celui qui aime veut posséder, à lui tout seul, la personne qu'il désire, il veut avoir un pouvoir absolu tant sur son âme que sur son corps, il veut être aimé uniquement et habiter l'autre âme, y dominer comme ce qu'il y a de plus élevé et de plus admirable. Si l'on considère que cela ne signifie pas autre chose que d'exclure le monde entier d'un bien précieux, d'un bonheur et d'une jouissance : que celui qui aime vise à l'appauvrissement et à la privation de tous les autres compétiteurs, qu'il vise à devenir le dragon de son trésor, comme le plus indiscret et le plus égoïste de tous les conquérants et exploiteurs ; si l'on considère enfin que, pour celui qui aime, tout le reste du monde semble indifférent, pâle, sans valeur et qu'il est prêt à apporter tous les sacrifices, à troubler toute espèce d'ordre, à mettre à l'arrière-plan tous les intérêts : on s'étonnera que cette sauvage avidité, cette injustice de l'amour sexuel ait été glorifiée et divinisée à un tel point et à toutes les époques, oui, que, de cet amour, on ait fait ressortir l'idée d'amour, en opposition à l'égoïsme, tandis qu'il est peut-être précisément l'expression la plus naturelle de l'égoïsme. Ici ce furent apparemment ceux qui ne possédaient pas et qui désiraient posséder qui ont établi l'usage courant dans la langue – il y en eut probablement toujours de trop. Ceux qui, sur ce domaine, ont été favorisés par beaucoup de possession et de satiété, ont bien laissé échapper, de temps en temps, une invective contre le « démon furieux », comme disait cet Athénien, le plus aimable et le plus aimé de tous, Sophocle : mais Eros se mettait toujours à rire de pareils calomniateurs, – justement ses plus grands favoris. Il y a bien çà et là, sur la terre, une espèce de continuation de l'amour où ce désir avide que deux personnes ont l'une pour l'autre fait place à un nouveau désir, à une nouvelle avidité, à une soif commune, supérieure, d'un idéal placé au-dessus d'elles : mais qui connaît cet amour ? Qui est-ce qui l'a vécu ? Son véritable nom est amitié. »

 

Friedrich Nieztsche. Le Gai savoir, Livre premier, Traduction de Henri Albert.
Source :
http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Gai_Savoir_-_Livre_premier_-_%C2%A7_14

 

 

 

 

Par Theodoros - Publié dans : SOURCES
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Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /Sep /2009 10:00
« Ce regard sévère parfois presque soupçonneux, de justicier même, que le pédéraste attarde sur le beau jeune homme qu’il rencontre, c’est une brève mais intense méditation sur sa propre solitude. Dans un instant  (la durée de ce regard) est enfermé, compact, un désespoir constant, à la fréquence rapide et serrée, tissé minutieusement avec la crainte se voir repoussé. « Ce serait si beau »… songe-t-il. Ou s’il ne le songe le veulent dire ses sourcils crispés, la condamnation de son regard noir. »

Cet extrait de Querelle de Brest m’a frappé il y a longtemps et lorsque je croise certains regards, dans la rue ou le métro, souvent il me revient en mémoire.

Ce regard, quant à moi, j’ai choisi de l’appeler « le regard in-fini », car il me semble ouvert sur quelque chose qui nous déborde, qui nous angoisse…
Peut-on espérer le rendre un jour plus humain ? Plus confiant ?
Par Theodoros - Publié dans : SOURCES
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